Chambre 212 de Christophe Honoré : statique

212

Dans Chambre 212 (2019), Christophe Honoré prétend ouvrir les vannes du temps et de la fantaisie pour raconter l’histoire d’un couple qui se délite, Maria (Chiara Mastroïanni) et Richard (Benjamin Biolay) qui n’ont plus de désir l’un pour l’autre. Un soir, Maria quitte le domicile conjugal pour l’hôtel d’en face, rue Delambre à Montparnasse. Elle y retrouve Richard, mais avec 20 ans de moins. Sur le papier, ce début semi-fantastique pourrait ressembler à du Borgès ou du Woody Allen, quoique la photographie et la neige qui tombe font penser que c’est surtout le Resnais du très beau Coeur qui a inspiré Honoré.

Hélas, le film court vainement derrière ces trois maîtres et ressemble à du mauvais théâtre. N’est pas Resnais qui veut. Toutes les intentions du cinéaste, qui ne se contestent pas, sont contrecarrées par une incapacité à mettre du mouvement dans son découpage. On voit bien, par ses images de portes systématiquement ouvertes et ses plans pris du plafond où la caméra ne se laisse pas arrêter par les murs, que Christophe Honoré veut briser les frontières entre présent et passé, réel et irréel, morale du couple et morale de l’adultère (car il faut savoir que la chambre 212 fait référence à un article du Code Civil sur la fidélité…), hétérosexualité et homosexualité (destin du personnage de Camille Cottin), mais sa mise en scène terriblement statique, l’absence de raccords, de continuité dans les angles de la caméra, s’opposent farouchement à toutes ces tentatives. Au moment où les mots d’Honoré entendent libérer Maria du regard des autres, le regard de la caméra l’emprisonne (sauf peut-être dans le prologue). La fantaisie suppose de maitriser l’art du mouvement ; ici, la pétrification du découpage ne produit que de l’artifice, voire pire quand apparait cet histrion soi-disant aznavourien issu de l’inconscient de Maria.

Les acteurs font ce qu’ils peuvent pour sauver l’ensemble, mais ils sont impuissants à se libérer de la camisole mise sur eux par la mise en scène qui donne l’impression d’être condamné à être enfermé dans une chambre mal éclairée. On se demande comment un tel film a pu recevoir une réception critique si extatique dans l’ensemble, si peu regardante, qui n’a pu que le desservir en faisant croire au spectateur que quelque chose ici pourrait se rapprocher de Woody Allen ou, encore mieux, du maître de la comédie amoureuse fantaisiste : Lubitsch. Au cinéma, du papier à l’image, il y a un monde, et c’est là que tout se joue. Resnais et Lubitsch étaient d’abord de grands metteurs en scène avant d’être spirituels. Restent quelques jolies chansons émaillant la bande son.

Strum

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14 commentaires pour Chambre 212 de Christophe Honoré : statique

  1. lorenztradfin dit :

    Drôle cette synchronicité avec le Princécranoir…. et toi tu sauves la musique…..!

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  2. princecranoir dit :

    Peu de mots mais tout est dit. La mise en scène se voudrait libre, elle ne fait qu’asservir les comédiens, elle les contraint en permanence. Leurs propos deviennent ennuyeux, puis lassants et toutes ces afféteries horripilantes à la fin (lorsqu’apparait le gamin, lorsqu’ils investissent le bar). C’est vrai qu’il y a du Resnais dans toutes ces fantaisies, mais lui savait quoi faire de sa caméra.

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    • Strum dit :

      Oui, Resnais lui savait filmer et un sujet ne suffit pas à faire un film. C’était le deuxième film d’Honoré que je voyais et ce sera mon dernier.

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      • Florence Régis-Oussadi dit :

        Je vois que nous pensons la même chose de ce « cinéaste ». Moi j’en ai vu trois (mais pas « Chambre 212 ») que j’ai détesté tous les trois et après « Les Malheurs de Sophie » qui m’a mis en colère tant j’ai eu l’impression d’avoir vu un type qui se raconte se moquer du spectateur (et de l’oeuvre d’origine) et essayant de faire le beau devant l’intelligentsia parisienne, j’ai décidé d’arrêter les frais.

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        • Strum dit :

          En effet, moi aussi, j’ai décidé d’arrêter les frais avec ce cinéaste. En général, je n’aime pas parler des films que je n’ai pas aimés, car il est si difficile de faire un film (comme on dit, l’art est difficile et la critique facile), mais il y avait tellement de bonnes critiques de Chambre 212 que j’ai eu l’impression d’une tromperie sur la marchandise d’où ma critique un peu acerbe.

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          • Florence Régis-Oussadi dit :

            C’est beaucoup plus satisfaisant en effet de parler des films que l’on aime. Ceux que l’on aime pas donnent des aigreurs d’estomac. En général j’essaie de les éviter mais ce n’est pas toujours possible, notamment lorsqu’il s’agit de nouveaux cinéastes à découvrir. Je suis également assez bon public, j’essaye comme vous le faites aussi dans vos avis de faire la part des choses. Mais dans le cas d’Honoré, il n’y a qu’un seul mot qui m’est venu à l’esprit: (im)posture. Un tel niveau de facticité (tout sonne faux dans ses films!) m’a convaincue qu’il s’agissait d’un cinéma de courtisanerie et non un cinéma intime, personnel.

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  3. J. R. dit :

    Pourquoi tu t’infliges ça ? Regarde plutôt Le Voleur de Bagdad, par exemple 😉

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  4. Pascale dit :

    Quel ennui et que de maniérisme ! Dès la sortie de Maria de derrière le rideau, ça sonne faux. Pourtant ça démarrait bien avec la même qui marche à grandes enjambées sûre d’elle, de son pouvoir… Et rapidement, patatra, Honoré enferme les personnages et les étouffe. La chambre est d’une laideur sans nom. Le dispositif nest pas maîtrisé. Ça ressemble à du Resnais effectivement mais ça n’est jamais drôle ni émouvant.
    Seul Benjamin m’a touchée… mais je suis toujours attirée par celui qui souffre. Mais dès qu’il semble qu’il en ait finalement aimé une autre, je me suis désintéressée de lui (sauf quand il se met au piano).
    Lacoste et Cottin sont à côté de la plaque.
    Maria en prof de droit en fac, on n’y croit pas.
    La plaisanterie sur l’étudiant affublé d’un prénom improbable, Astrobal souvent prononcé Astroud’balle, est lassante car répétitive.
    Et le pseudo Aznavour en veste léopard a achevé d’enfoncer le film dans le ridicule.

    qui a inspire Honoré.
    portes systématiquements

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  5. iristouch dit :

    Je suis tombée dans le panneau, moi aussi, après avoir vu la bande-annonce plutôt enlevée. La seule chose qui a repêché le film, après cette fin grand guignol, c’est de l’avoir vu aux 7 Parnassiens et de sortir dans les décors du film, la neige en moins…

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