Les Confinés du Ciné de Vincent Barrot : de l’air

Après La Mort du cinéma, j’ai eu le plaisir de voir Les Confinés du Ciné, nouveau court métrage d’animation en stop motion réalisé par le talentueux Vincent Barrot, l’homme-orchestre de ce qu’il a dénommé lui-même la Cinémamecque. On y retrouve les figures des hommes et des femmes qui ont compté dans l’histoire du cinéma ou que Vincent Barrot chérit particulièrement, conçus en pate à modeler, et filmés à raison de 12 images par seconde. Ces représentants du 7e art sont assis dans une salle de cinéma, et chacun, à tour de rôle, a voix au chapitre, Hitchcock, Agnès Varda, Ford, Tarantino, De Funès, pour ne citer qu’eux, prenant la parole avec leurs intonations particulières que Vincent Barrot prend un vif plaisir à restituer.

L’écueil qui se dresse devant tout court métrage d’animation, c’est celui de la vignette, de l’excentricité, de l’anecdote qui remplace le récit. Vincent Barrot part de cet écueil d’un récit inerte, pour ouvrir à ses personnages de nouveaux horizons puisqu’il imagine qu’ils sont confinés dans leur salle de cinéma, héritage du Covid, avec interdiction d’en sortir. Seule issue, l’écran, cette fenêtre magique par laquelle passent les spectateurs de cinéma en esprit lorsqu’ils entrent dans le monde des films. C’est précisément ce que vont faire les personnages de Vincent Barrot, comme le faisait jadis Philémon lorsqu’il accédait aux lettres de l’Océan Atlantique dans les merveilleuses bandes dessinées de Fred. Or, et c’est la grande réussite de ce court-métrage, lorsque les personnages traversent effectivement le miroir de l’écran, Vincent Barrot réussit à convoquer, en quelques plans seulement, des visions de cinéma, de celles qui ont marqué son histoire (la fusée dans l’oeil de la lune de Méliès, etc), des images de ses marionnettes voguant sur une espèce d’océan laiteux sous la protection d’Henri Langlois, qui apparait dans sa baignoire, celle-là même, ayant voyagé à travers l’espace et le temps, où Langlois avait caché, et par là sauvé, des pellicules de films sous l’occupation nazie. Ces visions sont le résultat d’effets spéciaux superbes dans leur simplicité même où l’agencement des matières dans l’image, qu’il s’agisse de pates à modeler, de feuilles simplement froissées ou de lumière, donne à voir, à partir d’une origine composite, une vision d’ensemble claire avec un sens des cadrages notable. Ce court métrage de 12 minutes, où la Cinémamecque passe un cap, permet ainsi d’espérer d’autres récits de Vincent Barrot, où ses personnages marionnettes continueraient de voyager en dehors de leur salle de cinéma, comme le fit Philémon dans tant d’autres d’aventures. Aux âmes cinématographiques bien trempées et enthousiastes, aucun territoire n’est inaccessible, et rien n’est impossible. Ajoutons que Vincent Barrot donne aussi la parole à quelques écrivains, Proust en premier lieu, Modiano aussi, heureux compagnonnage, tant il est vrai qu’un livre est aussi une fenêtre par laquelle l’esprit du lecteur enchanté peut s’échapper.

A la mélancolie et à l’inquiétude qui imprégnaient La Mort du cinéma, s’est donc substitué un appel au rêve et au voyage cinématographique, une croyance renouvelée dans la force des image, et l’on peut s’en réjouir. Lorsque le dernier plan apparaît, on a, littéralement, le sourire aux lèvres. Le cinéma comme remède à tous les confinements, toutes les occupations d’esprit.

Strum

Cet article, publié dans Barrot (Vincent), cinéma, Cinéma français, critique de film, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire