Don’t look up d’Adam McKay : satire à la capacité d’attention limitée

Cette très amusante satire d’Adam McKay brocarde les média traditionnels, les réseaux sociaux, la présidence des Etats-Unis et les gourous qui sont à la tête des GAFA. Le scénario imagine qu’à l’approche d’une comète géante assez grande pour détruire la Terre, les politiciens et les grandes entreprises engagées dans les nouvelles technologies, continueront de ne penser, pour les premiers qu’à leur réélection, pour les secondes qu’aux possibilités de profit que laissent augurer les métaux précieux contenus dans la comète. Un casting composé de stars américaines s’en donnant à coeur joie, parmi lesquelles on reconnait Leonardo Di Caprio et Jennifer Lawrence en scientifiques dépassés alertant en vain les pouvoirs publics sur l’imminence de la catastrophe, Meryl Streep en Trump au féminin, Cate Blanchette en journaliste bimbo, Mark Rylance en milliardaire geek inspiré, en plus inquiétant, du personnage qu’il jouait dans Ready Player One de Spielberg, et d’autres encore, fait un des intérêts de cette satire, l’autre résidant dans la construction habile du scénario, où l’on tombe de Charybde en Scylla, chaque espoir d’arrêter la course de la comète se trouvant brisé par le jeu toujours plus irresponsable joué par les autorités.

Il est d’autant plus dommage, dans ces conditions, que le film épouse résolument une forme cinématographique qui est le reflet de ce qu’il prétend dénoncer, à savoir la capacité d’attention limitée propre aux réseaux sociaux, leur inaptitude à hiérarchiser les informations, à prendre conscience de la réalité du monde qui les entoure. Dès les premières scènes, Adam McKey accélère son montage par des inserts si rapides que le point se fait flou, bouscule les échelles de plan en mélangeant des détails (le thé) et des plans d’ensemble, ce qui certes dynamise la narration, mais crée une sorte d’hystérie visuelle à l’image de l’hystérie collective que le film raconte, produisant une esthétique de l’inattention qui est désincarnée, une esthétique de série où la narration se trouve soumise au principe du « à toute vitesse ». S’il s’agissait d’amuser sans prétention le spectateur, la mission est remplie ; s’il s’agissait de le faire réfléchir sans arrière-pensée sur la crise climatique ou de l’émouvoir par une satire à la forme pérenne, la comète me paraît manquer son but. Le film est sa propre critique, auto-engendrant sous cape ce dont il se moque, un pied dedans un pied dehors (comme le personnage de DiCaprio à un moment), à l’instar du serpent se mordant la queue – manière de jouer sur tous les tableaux qui explique peut-être le succès du film sur la plateforme Netflix qui le diffuse. Reste ces deux personnages de scientifiques joués avec conviction par Lawrence et DiCaprio, qui sont attachants dans leur impuissance à réveiller les consciences.

Strum

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10 commentaires pour Don’t look up d’Adam McKay : satire à la capacité d’attention limitée

  1. Pascale dit :

    Je ne lis pas pour ne pas être spoilée mais j’aimerais tellement le voir.
    Il faut que je me fasse inviter par quelqu’un qui a Netflix le fléau.

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  2. Florence Régis-Oussadi dit :

    Je suis d’accord avec votre critique dans l’ensemble, j’ai moi-même souligné dans la mienne qu’il s’agissait d’un film qui adoptait la forme de ce qu’il dénonce à savoir la culture du zapping. Mais en même temps j’ai beaucoup aimé le film car il touche juste dans plein de domaines (par exemple sur le fait de spéculer sur les opportunités de la catastrophe, c’est une réalité, la fonte des glaces aiguise les appétits des firmes et des Etats, la population du Groenland espère en tirer des emplois alors qu’on sait que ça va être cataclysmique pour notre survie, du moins en Europe car outre la montée des eaux, ça va changer le climat). Si le film avait adopté un tempo autre que celui du zapping, la plupart des gens l’auraient zappé, c’est aussi un film qui reflète son époque, celle de la « civilisation du poisson rouge » pour reprendre un livre que j’ai lu récemment selon lequel la capacité d’attention moyenne ne dépasse plus 9 secondes. J’ai trouvé Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence remarquables tous les deux. Bref si la forme est critiquable, le fond tient remarquablement la route et je pense que ce film sera plus tard un témoin précieux de l’époque un peu folle que nous vivons. Ce n’est pas qu’un divertissement, c’est une oeuvre salutaire que je pense utiliser pour illustrer mes cours sur le réchauffement climatique ou sur la critique de la non-hiérarchisation de l’info par les GAFA qui (comme j’ai pu le faire récemment avec « Madres Paralelas » en évoquant la mémoire du franquisme).

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    • Strum dit :

      J’aurais aimé avoir la même réaction que vous mais pour moi, la forme est aussi importante que le fond, et même si j’ai trouvé le film bien construit et bien joué, je ne peux pas aimer sans réserves un film aussi mal monté, même si c’est volontaire en effet, afin de rendre compte du côté zapping des réseaux sociaux. Cela désamorce ce que le film pourrait avoir de « salutaire ». Aussitôt vu, aussitôt oublié.

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      • Florence Régis-Oussadi dit :

        Je comprends votre réaction, ce n’est en effet pas un beau film, juste un film pertinent dans son discours et bien joué mais je serais moins catégorique que vous quant à son avenir. Par ailleurs je n’avais pas réfléchi aux termes employés et il est vrai que esthétique de l’inattention, c’est mieux que zapping, la réappropriation de la langue, ça fait partie du travail critique.

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        • Strum dit :

          Il est vrai qu’il est toujours dangereux d’être catégorique à propos de l’avenir d’un film. Mais en ce qui me concerne, je ne pense pas que le film aura beaucoup de résonance à long terme.

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  3. Valfabert dit :

    J’aime beaucoup ton expression « esthétique de l’inattention ». Cela me paraît très pertinent comme concept critique.

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