Dune de Denis Villeneuve : survol

« Le mystère de la vie n’est pas un problème à résoudre mais une réalité à vivre ». Ainsi s’exprime la Révérende Mère de l’ordre religieux du Bene Gesserit dans Dune de Frank Herbert. Adapter Dune au cinéma relève de la même gageure : il s’agit de faire ressentir au spectateur la réalité de cette autre vie vie projetée à l’écran. Impression de réalité qui n’a pas pour fondations le style et les descriptions d’Herbert (assez pauvres d’un point de vue strictement littéraire) mais la voix et les querelles politiques et religieuses des personnages qu’il a imaginés. Car ce qui caractérise notamment Dune, c’est que toutes les factions qui s’opposent dans le livre (les Bene Gesserit qui manipulent la génétique humaine pour créer l’être suprême – le Kwisatz Haderach – et implantent dans les peuples des superstitions pour contrôler le sens de l’Histoire ; les Mentats, ces conseillers du Prince qui ne jurent que par la logique ; les Atréides et les Harkonnen, ces Grandes Familles ennemies qui se voient successivement octroyées par l’Empereur la charge d’exploiter Arrakis ; l’Empereur et ses Sardaukars ; les Fremen, population autochtone d’Arrakis cachée dans les trames de son vaste désert et courbant l’échine sous le joug étranger, etc.) se voient représentées par des personnages dont on peut lire les pensées intérieures. Herbert écrit ces pensées en italique dans le texte, et elles irriguent constamment la narration d’une veine souterraine, d’un entrelacs de réflexions contradictoires et incertaines, d’un tunnel d’intrigues secondaires, d’autres plans creusés à l’intérieur du plan d’ensemble, comme le monde souterrain des Fremen creusé sous la surface. On reconnaît là, toutes proportions gardées, la manière équitable de Tolstoï, qui accordait à tous ses personnages, y compris les pires, le don de la vie et à qui Herbert a emprunté cette technique narrative : chaque personnage, même le plus secondaire, même le plus fugace, reçoit le droit de se justifier, existe aux yeux du lecteur, car celui-ci a accès à ses pensées intérieures les plus intimes. Même le Baron Harkonnen est humain dans le livre, pareil à un vieil empereur romain adipeux, cruel et subtil. Le « tout le monde a ses raisons » de Renoir n’est pas si loin.

Sur Arrakis, se trouve l’Epice, substance secrétée par les vers de sable qui apporte la prescience et qui, synthétisée par la Guilde, produit un carburant permettant de traverser le temps et replier l’espace. Sans Epice, pas de voyage intergalactique, et c’est pourquoi l’Empire et les Grandes Familles ont colonisé Arrakis, que l’on appelle aussi Dune, exploitant ses ressources et tenant en esclavage le peuple du désert, les Fremen. On a pu en déduire qu’Herbert parlait par analogie de notre monde, comme le fait tout bon roman de science-fiction, que l’Epice figurait le pétrole et Arrakis le Moyen-Orient ; du reste, plusieurs mots du livre nous sont familiers, Herbert nommant « Jihad » la Guerre Sainte des Fremen et imaginant dans la Bible Catholique Orange du livre un syncrétisme religieux réconciliant les religions monothéistes. Les deux grandes mythes sur lesquels est assis le récit font le reste, assurant la pérennité de son succès : le mythe du Messie, du Sauveur, qui reste si important pour notre humanité ; le mythe de la justice, de la vengeance. Réduit à sa substantifique moëlle, Dune raconte cela : l’histoire d’un Messie (Paul) qui réalise, malgré lui (car au début, Paul ne veut pas du Jihad, « conscience raciale et « but terrible »), la vengeance longtemps espérée d’un peuple opprimé. Mais nonobstant ces analogies possibles, ce qui rend les personnages du livre attachants, ce qui donne vie au monde du livre, c’est d’abord cette technique narrative d’Herbert mentionnée plus haut : confier un oeil intérieur à chaque personnage, même au Traître Yueh. Parce qu’au lecteur sont confiés les secrets des personnages, il possède un temps d’avance, il est dans l’attente de ce qui va advenir, attente qui est au principe du suspense. Ce sont les personnages et leurs voix intérieures qui sont à l’origine du monde de Dune et d’un point de vue visuel, l’adaptateur devra presque tout inventer.

Ce que Herbert n’avait pas anticipé en 1965, date de publication de Dune, premier de la série, c’est l’avènement de l’intelligence artificielle qui caractérise notre monde actuel. Dans Dune, l’intelligence des machines a été bannie, et c’est l’esprit humain que les Bene Gesserit et les Mentats entendent développer, avec peu de succès il est vrai, si l’on en juge par le caractère impitoyable de cette histoire où règnent la peur et le goût de l’intrigue. Le test de la boite et du Gom Jabbar, au début du livre, dit bien cela : Paul Atréides doit prouver à la Révérende Mère qu’il n’est pas un animal (qui n’est qu’instincts) en contrôlant la douleur qu’il ressent à la main. C’est ce qu’enseignent les paroles de la Litanie de la peur du rituel Bene Gesserit : « Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale… » L’Esprit doit triompher du corps et de ses instincts primaires, mais au prix de quelles douleurs et de quels reniements dans le livre ! Car l’Esprit sans la nature ne peut dominer – il faut à un moment se soumettre, autre idée du livre. C’est le côté mystique du récit, New Age pour user d’un terme plus moderne, qui l’inscrit dans un temps donné des réflexions humaines, temps qui n’est plus le nôtre aujourd’hui.

Dans son adaptation tronquée de 1984, David Lynch avait perçu ces idées New Age et les avaient intégrées dans sa narration à travers les rêves de Paul en utilisant des images symboliques, une lune, une image qui se déchire, une goutte d’eau symbole de vie, une main en feu, un embryon d’enfant, égrénées par le beau thème musical de Brian Eno. Il avait également, dans plusieurs scènes, repris à son compte la technique des pensées intérieures des personnages commentant en voix off l’action, de manière certes limitée en raison de la nécessité de condenser l’intrigue et les dialogues. En revanche, Lynch avait complètement raté la représentation du clan Harkonnen en occultant tout ce qui dans le livre le désignait comme un avatar d’une Rome antique tardive et dégénérée, malade de ses intrigues et de ses jeux décadents, faisant du subtil Baron un grotesque méchant de pacotille, monstrueusement laid et difforme, ce qui rendait impossible l’exploitation d’une des idées les plus intéressantes du roman, faisant voir le caractère diabolique des manipulations génétiques du Bene Gesserit : Dame Jessica, la mère de Paul, aux traits si purs, au visage oval, était la fille cachée du Baron Harkonnen… comme si les deux familles étaient elles-mêmes prisonnières d’un plan global plus grand qu’elles-mêmes et Paul, tout Messie qu’il soit, le prisonnier de ce plan, dont il ne pourra s’extraire qu’en devenant une Anomalie, qu’en embrassant la cause de cette guerre sainte dont il ne voulait pourtant à aucun prix. Villeneuve s’intéressant au thème de la filiation depuis ses débuts (voir Incendies, son plus beau film), cette idée pourrait être reprise dans un épisode ultérieur de sa série, mais on en doute au vu du portrait de son Baron, pas beaucoup plus réussi que celui de Lynch.

Voilà la tâche ardue sinon impossible à laquelle s’attelait Denis Villeneuve dans cette nouvelle adaptation de Dune (2021), censée se décliner en plusieurs parties. Le résultat est fort honorable et d’une tenue certaine, suivant dans ses grandes lignes la première partie du livre de 1965. Honorable mais sans éclat ni lyrisme, engoncé dans une esthétique monochrome où rien ne dépasse, rien ne doit attirer l’oeil. Du reste, peu à peu, alors que l’on est séduit au début, on finit par ressentir une impression d’engourdissement. Le Dune de Denis Villeneuve obéit à cinq principes qui font du film une oeuvre restant par instants extérieure à sa propre intrigue, qui reste à la surfaces des choses. Premier principe : le recours à la figure visuelle du survol, comme dans Blade Runner 2049 où la ville tentaculaire était vue d’en haut : la caméra de Villeneuve ne cesse de survoler les décors, le désert, les vaisseaux, les mouvements de troupes, à la recherche d’une échelle toujours plus grande pour faire voir le gigantisme des opérations militaires, auxquelles font échos les boucles sonores assourdissantes et sans inspiration de la musique de Hans Zimmer. Au formalisme désuet du livre, à l’étrangeté séduisante de ses cérémonies séculaires et hiératiques, qui rendent son adaptation si difficile, se substituent un écrasement des perspectives, une pétrification de ses rites dans l’uniformisation des images, un effacement des couleurs et des contrastes au sein des plans (certaines images sont tout uniment orange, d’autres tout uniment vertes). Second principe : le bannissement de l’intériorité, sauf en ce qui concerne Paul : les pensées intérieures des personnages secondaires sont chassées de la narration, de même que le recours aux voix off (instrument pourtant idéal pour adapter Herbert), les réactions des Fremen à la réalisation de la Prophétie passant par des phrases énoncées à voix haute en langue Fremen. Sans doute ce choix était-il motivé par la recherche d’une certaine clarté narrative dans ce film au budget conséquent, qui n’aura une suite que si Warner estime son succès commercial suffisant. Il s’agissait d’être pédagogique et de ne pas perdre en route le spectateur novice, ignorant des arcanes du livre – mission globalement accomplie de ce point de vue, quoique le rôle des Bene Gesserit et de leur programme d’implantation de la prophétie chez les Fremen soit insuffisamment expliqué. Mais il en résulte parfois un sentiment d’extériorité qui renforce l’impression de survol et ôte aux personnages leur vitalité (ils sont pour l’essentiel des fonctions, des pièces de l’échiquier narratif). De manière caractéristique, Villeneuve a supprimé certaines aspérités du roman, neutralisé certaines personnalités de traverse, alors qu’il n’y en avait déjà guère. Ainsi du sympathique Gurney Halleck, qui de baladin souriant, mi-barde sarcastique, mi-guerrier, est devenu (comme dans le film de Lynch certes) un maître d’armes stoïque ne se départissant jamais de son sérieux et ne souriant jamais. Troisième principe : les rêves de Paul n’ont plus recours à des images symboliques comme chez Lynch mais anticipent la narration de ce qui va advenir (ou pourrait advenir et n’advient pas). Quatrième principe, qui découle de ce dernier : le triomphe de la narration épisodique en lieu et place des grandes séquences de dialogues du livre, qui introduit dans le film au fur et à mesure de son déroulement un esprit de série, participant de l’élimination indirecte des images symboliques et mentales (Thufir Hawat, le Mentat du Duc n’a d’ailleurs plus qu’un rôle minime). Cinquième principe : faire de Chani (la transparente Zendaya) un personnage clé des rêves de Paul, narrant pour lui l’histoire des Fremen, marchant dans le désert au ralenti dans des plans d’une esthétique douteuse, le regardant sans cesse, mise en avant de ce personnage féminin secondaire du livre (du moins dans sa première partie).

Dès lors, Dune filmé par Villeneuve devient exclusivement l’histoire de Paul (accompagné certes de sa mère Jessica) alors que dans le livre, du moins dans sa première partie, c’est aussi un récit polyphonique, l’histoire d’une série de personnages secondaires pris dans les mailles d’une vaste intrigue les dépassant. Or, Paul est un personnage observé des autres, mais qui s’observe aussi beaucoup car il ne sait pas encore qui il est, un personnage-monde à lui tout seul, sur les frêles épaules duquel repose l’équilibre de l’univers, un personnage vampire et effrayant qui absorbe le récit et le produit au fur et à mesure, à l’instar du ver produisant l’Epice. Ce personnage observant qui vit déjà dans le futur, qui survole lui aussi les évènements, accentue cette impression de survol, ce qui diminue les émotions. C’est ce qui finit par se passer au moment de l’attaque annoncée des Harkonnen et de la mort du Duc : les émotions ont tendance à se diluer dans le désert monochrome de l’ensemble, à rester sous contrôle, comme si une Bene Guesserit y avait mis bon ordre. Lynch parvenait à contenir ce risque dans son adaptation (qui soulevait certes d’autres problèmes, notamment un kitsch insistant et un prologue discutable aux scènes d’exposition successives) en mettant en exergue la tendresse unissant Paul et son père, en reprenant à son compte une observation de la Révérende Mère : dans le grand ordre des choses, il n’y a pas de place pour le Duc, il n’y a pas de chemin, parmi les multiples chemins possibles du futur, où le Duc est sauvé. Paul craignait pour la survie de son père et nous avec, instillant dans le récit une veine émouvante, qui était celle des récits anciens, d’un fils vengeant la mort humiliante de son père adoré aux mains d’une famille ennemie. Dans le Dune de Villeneuve, les craintes de Paul pour son père ne servent plus de fil conducteur car le réalisateur n’a pas repris dans le dialogue cette réplique de la Révérende Mère sur le Duc : Paul semble plus préoccupé de ses propres rêves, de son destin, de cette jeune femme à laquelle il rêve, et même de son ami Duncan, que de la vie du Duc, son père. Ce qui fait que lorsque le Duc Leto meurt, on ne ressent rien à travers Paul qui ne parvient pas à pleurer son père. L’interprétation sobre et contrôlée de Timothée Chalamet, dépourvu de la dureté d’obsidienne du Paul du roman (saura-t-il incarner le terrible chef de guerre qui vient ?), contribue à cela ; on lui préfère l’interprétation plus frémissante et émouvante de Rebecca Ferguson en Dame Jessica.

Reste la difficulté de juger de manière équitable un film qui s’arrête au cours de l’histoire car le Dune de Villeneuve s’interrompt au milieu du récit, lorsque Paul rejoint les Fremen après avoir échappé aux Harkonnen. A cette aune, peut-être que certaines de ces réserves sont injustes. On a du reste envie de voir la suite en sortant de la salle, et ce d’autant plus que l’évolution que va subir Paul par la suite, la distorsion de l’idée de Messie et de destin, rejoint certains thèmes de prédilection de Villeneuve qui pourrait en tirer meilleur parti. Mais cela corrobore cette observation que nous faisions sur cet esprit de série qui oeuvre à l’intérieur du film. Et devant ce premier épisode de Dune pris séparément, il faut repartir de notre phrase inaugurale : on a le sentiment de ne pas « vivre » assez la « réalité » de ce film, de ne pas entrer suffisamment sous la surface de ses images.

Strum

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27 commentaires pour Dune de Denis Villeneuve : survol

  1. princecranoir dit :

    Brillante analyse du film (et du livre dans la première moitié de l’article) qui pointe les éternelles limites de l’adaptation. La question de la voix-off est véritablement insoluble. Beaucoup l’ont reproché à Lynch, la trouvant trop pesante, mal distillée (ce qui n’est pas mon avis). On peut penser à ce que des réalisateurs plus mystiques comme Malick ou Inarritu auraient pu faire de cette histoire (je ne parle même pas de Jodo qui envisageait un trip à des années lumières du roman). Il s’avère que Villeneuve n’est pas de ce bois-là, plus minéral, aux textures plus tangibles (ici pas de place pour l’abus de fonds verts). Et ce compromis d’utiliser la langue Fremen (voire la langue des signes) m’a parfaitement convenu.
    Cela dit, je m’incline à nouveau face à ton avis fort bien étayé. Le mien sera sans doute bien moins fouillé, mais plus enthousiaste.

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    • Strum dit :

      Merci beaucoup. Les éternelles limites d’une adaptation comme tu dis car Villeneuve ne s’en sort pas si mal, même si le côté épisodique de la narration et le caractère monochrome des images ne sont pas ma tasse de thé.

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  2. lorenztradfin dit :

    C’est davantage qu’un « survol » ton analyse….. Pas encore vu, trop de boulot, mais je resterai à deux voies lactées de tes écrits.

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  3. Typhon dit :

    Bonjour Strum
    tu as l’air friand de littérature de SF
    quels sont tes livres favoris du genre ?

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    • Strum dit :

      Bonjour, je n’ai qu’une connaissance parcellaire du genre, ayant surtout lu des classiques de l’âge d’or et connaissant mal la SF contemporaine, mais à vue de nez je dirais que mes romans favoris de SF sont (sans ordre particulier) : Fondation d’Asimov, Dune de Herbert, Le Monde des non-A de Van Vogt, La Main gauche de la nuit de Ursula K. Leguin, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques de Dick, La Stratégie Ender d’Orson Scott Card. J’en oublie peut-être.

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      • Typhon dit :

        Des classiques, donc ! Permets-moi de te recommander très chaudement Le Livre du Nouveau Soleil de Gene Wolfe, dont je suis toujours surpris de constater qu’il n’est pas au moins aussi connu que les plus grands chefs-d’œuvre du genre (car je n’ai personnellement jamais rien lu de mieux s’y apparentant – entre SF et fantasy).

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  4. Zeldoune dit :

    Dune est un « roman-monde » auquel il aurait fallu un « film-monde » (expression plusieurs fois lues ici).

    Il faut bien constater que ce n’est pas le cas ici, et que le film paraît bien fade. Les images du djihad (rebaptisé (c’est le cas de le dire) guerre sainte dans le film) peinent par exemple à retranscrire l’horreur du destin à venir (ou pas) de Paul.

    Certaines indéniables qualités donnent envie de voir la suite tout de même (on passera pudiquement sur la musique en revanche).

    Merci pour ce petit texte en tous cas, intéressant et agréable à lire comme à l’habitude (je serais moins sévère sur le style de F.Herbet pour ma part, qui me semble au-dessus de bon nombre de ses collègues, même parmi les plus fameux).

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    • Strum dit :

      Merci ! Ah oui, il faut passer pudiquement sur la musique, sans doute la pire chose du film. S’agissant du style de Herbert, tout est relatif car il y a peu de livres de SF bien écrits en effet, du moins parmi ceux que j’ai lus. Mais j’ai comme toi envie de voir la suite et c’est déjà ça.

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  5. kawaikenji dit :

    Film très riche en effet, par celui qui est peut être le meilleur réalisateur vivant. Dommage qu’il ait été contraint par la production de prendre comme acteur principale un ectoplasme asexué, obligations woke oblige…

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  6. Pascale dit :

    « le spectateur novice, ignorant des arcanes du livre »… c’est mon cas. J’avais essayé la lecture et j’ai renoncé. J’irai donc voir l’oeuvre !
    Par contre dans ce que j’ai lu, tu es le seul à parler de personnages attachants. Ce qui est primordial pour moi. Un bon point pour ce film vers lequel je ne me suis pas précipitée.
    L’aspect cul béni, Messie et les des phrases telles que :
    « Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale… » me font un peu peur.
    Je suis d’accord avec toi sur la transparence de Zendaya. Elle doit être là pour attirer les plus jeunes qui en sont fous puisque tu dis que dans le livre son rôle est très secondaire.
    Il fallait sans doute imaginer une romance pour Thimotée Chalamet que j’aime beaucoup qui est plutôt bisexué contrairement à ce que dit le zombie qui soigne son ulcère, puisqu’il plaît autant aux filles qu’aux garçons,

    🙂 :
    de quels douleurs
    à la surfaces

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    • Strum dit :

      Attachants ou intéressants dans le livre grâce aux pensées intérieures des personnages. Mais pas dans le film où seule la mère a quelque chose d’attachant. Sinon, Paul dans le livre est un Messie à la fois effrayant et récalcitrant, assez éloigné du cliché associé au terme. Et j’adore la Litanie de la peur dont je n’ai cité qu’une partie. Je serais curieux d’avoir ton avis si tu le vois précisément parce que tu n’as pas lu le livre. Merci pour la relecture !

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  7. Martin dit :

    C’est une chronique brillante, Strum, dont je serai bien incapable, étant donné que je n’ai pas lu les livres. Le film m’aura au moins donné envie de lire ceux qu’il adapte.

    Dans l’ensemble, on peut dire que j’ai bien aimé « Dune », qui restera sans doute comme le blockbuster de l’année. J’espère que la suite sera tournée : la fin, aussi longue soit-elle à venir vraiment, n’en est pas une. Tel quel, j’ai l’impression d’être au milieu du gué. Mais donc, oui, j’ai bien aimé, si ce n’est que, comme toi et d’autres, j’ai trouvé la musique assourdissante et trop présente pour être réellement inspirée. Tu me diras ton avis, mais une bonne BO doit accompagner ou sublimer les images, à mon sens. Or, là, j’ai trouvé qu’elle les surplombait parfois, ce que j’ai trouvé pour le moins pesant.

    Bon… ma publications sur ce film n’est pas pour demain, mais je m’y mettrai dans peu de temps. Toujours cette habitude de publier mes textes dans l’ordre de visionnages des films. Et j’en ai vu pas mal d’autres dont je n’ai pas encore publié la chronique…

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    • Strum dit :

      Merci beaucoup Martin. C’est important qu’un film donne envie de lire le livre qu’il adapte et c’est déjà bien que le film de Villeneuve produise cet effet. En effet, le film nous laisse au milieu du gué, d’autant que le dernier tiers du film n’est pas très bien écrit (même s’il est assez fidèle aux péripéties du livre). Je partage ton sentiment sur la BO de Zimmer : rien ne fonctionne, elle aplatit et alourdit tout, sans rien rehausser, sans transcender quoique ce soit. Je lirai ta chronique avec plaisir.

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  8. Samuel73 dit :

    Belle chronique qui donne envie à la fois de relire le livre (lu à l’adolescence et en grande partie oublié) et de voir le film. En ce qui me concerne, je ne pense pas que la monochromie ni la distanciation choisies par le réalisateur me dérangeront : j’apprécierai au contraire une adaptation plus sobre et plus froide que celle de Lynch, dont j’avais franchement détesté le baroque et l’outrance. Dans mon souvenir, le livre ne valait pas par ses analyses psychologiques, assez convenues, mais plutôt par son récit d’une tentative de fabrication raisonnée d’un messie au croisement du mythe et de la génétique, que le grain de sable d’un amour individuel (Jessica concevait un fils au lieu d’une fille par amour pour le Duc) faisait échouer. Je serai curieux de voir ce qu’en fait le scénario, de même que des aspects écologiques et géopolitiques, qui doivent aujourd’hui avoir assez mal vieilli. J’espère que le Baron et la Révérende Mère, les deux monstres de l’histoire qui fabriquent ensemble, en dépit de leur rivalité, l’être encore pire qu’eux qui les détruira, seront traités comme ils le méritent et échapperont au grotesque qui les défigurait chez Lynch. Votre avis laisse entendre que c’est le cas, au moins pour le premier, c’est une bonne chose. Merci en tout cas pour votre texte.

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    • Strum dit :

      Merci Samuel. J’aime les réalisateurs qui créent des images personnelles, leur appartenant. Je trouve trop impersonnelles et monocordes les images du film. Les images du Lynch sont plus personnelles de ce point de vue. Certes, comme vous, je n’avais pas aimé son portrait grotesque des Harkonnen. De ce point de vue, le film de Villeneuve est un progrès mais son Baron reste bien décevant, méchant lambda, menaçant certes, mais dénué de la subtilité du personnage du livre. Sinon, je trouve que les joutes géopolitiques et religieuses du livre supportent très bien le passage du temps. Le livre décrivait fort bien aussi la relation de Paul et de sa mère, avec une certains finesse psychologique des deux côtés, chacun devenant étranger à l’autre. De de ce point de vue, l’adaptation a un effet simplificateur et « lissant » (pareil aux images). Le sujet de la tentative de création du Kwisatz Haderach par les bene gesserit est un des aspects passionnants du livre en effet – cela dit, le baron n’y est pour rien, il est utilisé comme instrument à son insu – il essaie de forger ailleurs un autre instrument pour lui succéder, Feyd Rautha (qui n’apparait pas dans le film de Villeneuve), lequel s’avère assez difficile à contrôler aussi. Sinon, la Révérende Mère apparait à peine dans le film de Villeneuve – dommage parce que Charlotte Rampling est très bien.

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  9. jlionel dit :

    Bonjour,

    ce film très original m’a fait une bonne impression dans l’ensemble,

    je l’ai trouvé un peu long comme même

    il s’agit d’un délire mystique solonnel, déconseillé aux enfants, sous fond de révélation messianique, pouvoirs paranormaux, empire tyrannique, baronies austères et perfides, secret de filiations, trahisons et destins subis, affrontements avec la nature, qui donne l’impression de se perdre dans l’immensité des ergs, comme se perdre dans l’anomie ?

    je ne connais pas le livre mais je ferais sans doute parti de cette nouvelle génération de lecteur qui le découvriront avec le film, d’autant plus motivé par vos informations sur les différences de narrations

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  10. Samuel73 dit :

    Merci de votre retour. Je comprends vos réticences.
    Dommage pour le Baron. Dans mon souvenir, il joue un rôle dans la « création » de Paul non au sens génétique (même s’il est son grand-père), mais parce qu’il est à l’origine du piège politique que représente Dune pour les Atréides, sans lequel le garçon ne connaîtrait pas le destin qui est le sien. Mais j’ai lu le livre il y a trop longtemps pour avoir conservé un souvenir précis de ses intrigues. Je ne fais pas du tout partie des nostalgiques de ce qu’aurait pu être l’adaptation par Jodorowsky et Moebius, mais l’idée de confier le rôle à Orson Welles était sans doute bonne, il aurait su lui apporter l’ambiguïté nécessaire.
    Il ne me reste plus qu’à relire les volumes et à voir le film : reste à décider dans quel ordre.

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    • Strum dit :

      Dans le livre, le Kwisatz Haderach est censé être le fils de Feyd Rautha selon le plan Bene Gesserit. Le piège tendu aux Atreides par le baron et l’empereur ne fait pas partie du plan Bene Gesserit mais a pour objet d’éliminer l’armée secrète des Atreides et son “art étrange” qui pourrait l’emporter sur les Sardaukars de l’empereur. En ayant un fils avec le Duc, ce qui lui était interdit, Jessica déjoue à la fois le plan Bene Gesserit et le plan de l’empereur, et Paul devient plus que le Kwisatz Haderach : une anomalie incontrôlable qui lance une dangereuse guerre sainte sur l’univers.

      Sinon, je pense moi aussi que le Dune de Jodorowski aurait été mauvais.

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  11. Samuel73 dit :

    Ah, merci de ce rappel précis, j’avais vraiment oublié beaucoup de choses.
    Oui, le documentaire de Frank Pavich sur le Dune de Jodorowsky, très intéressant en lui-même, laisse penser qu’on a échappé à un objet cinématographique assez inutile.

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  12. Ping : Dune | Coquecigrues et ima-nu-ages

  13. Marcorèle dit :

    Bel article, merci Stum. 🙂

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